Pourquoi je veux des relations non-exclusives (polyamour)

Fidélité, monogamie et non-exclusivité

 

A V E R T I S S E M E N T
Quand je parle de non-exclusivité (ou polyamour), je pars du principe que ça n’implique pas forcément le fait de refuser « des relations sérieuses » (sous-entendu, les relations auxquelles tu accordes de l’importance) ou ni que les relations manquent de « sincérité » ou d' »amour ». De plus, être en relation non-exclusive n’est pas incompatible avec le fait d’avoir une base matérielle commune ou des enfants.

 

À ce moment T de ma vie, le fait de vouloir des relations non-exclusives a du sens mais cela ne signifie pas qu’il en aura tout le temps ni qu’il doit en avoir pour tout le monde. La non-exclusivité ne résout par tous les problèmes que peut rencontrer une relation, elle peut même sembler plus compliquée puisqu’elle est victime de préjugés et qu’elle s’insère dans une société où la norme est la fidélité et le sacrifice. Et que nous en sommes, à des degrés divers, fortement imprégnés. Pour autant, la monogamie ne me paraît pas facile à vivre pour moi-même, sur le long terme. Et elle me pose surtout question.

 

La non-exclusivité me convient parce qu’elle est en adéquation avec mes valeurs. La clé, c’est que chacun ait conscience des implications et les accepte, que les limites soient posées (« je ne souhaite pas connaître ce que tu vis avec d’autres », par exemple). Et que la discussion reste possible. Et comme toute relation, elle entraîne son lot de difficultés à gérer.

 

Parce qu’en monogamie, le contrat de la fidélité est brisé

Le titre est un peu provocateur mais je ne cherche pas à faire des raccourcis, vraiment…

J’ai longtemps pensé que la fidélité éternelle était possible et je trouvais ça beau. Parce que dans notre société, on voit le sacrifice ou la négation des envies comme une preuve d’amour. Et à travers la fidélité ce sont des personnes qui sont valorisées parce qu’elles seraient « suffisantes ». Derrière la fidélité, il y a aussi l’idée de la stabilité.

Le hic, c’est qu’à un moment donné, il y en a toujours un qui craque. Bien évidemment je n’ai pas côtoyé tous les couples de cette terre pour justifier ce « toujours ». Mais rien que dans mon entourage, parmi les couples les plus vieux, ceux qui semblent les plus forts, les plus honnêtes, les moins suspects, il y a eu, à un moment donné, un épisode noir et douloureux. Quand je l’ai appris, j’ai souvent été étonnée : « ah bon, eux ? », « elle ? », « lui ?? », « toi ? ». De quoi ébranler quelques belles fausses-idées bien ancrées. Eh bien oui, il y a de ces choses qu’on ne crie pas sur tous les toits.

 

A partir de là, j’ai du mal à rester attachée à l’idée de fidélité comme gage d’amour, d’épanouissement, de sécurité et de viabilité.

 

En monogamie, ne pas être fidèle fait souffrir

Quand l’un des partenaires apprend que son bien-aimé souhaite relationner avec une personne extérieure ou apprend après coup qu’iell a relationné avec, c’est le rêve qui s’effondre.

 

Il y a la culpabilité, celle d’avoir désiré l’autre, celle d’avoir franchi le pas, celle d’avoir menti, celle de faire souffrir son bien-aimé-e.

 

Il y a la remise en question de soi, la peur de ne pas être suffisant-e, de ne pas être à la hauteur, d’être nul-le et de se sentir jaloux-se.

 

Il y a la remise en question de l’amour que l’autre nous porte : « Il ne m’aime plus ou pas vraiment ». (Cela peut être vrai, mais parfois ça ne se réduit pas à cela).
Et il y a la remise en question de la poursuite de la relation.
« Si tu m’as fait cela, tu peux le faire de nouveau. Et je n’ai pas envie de le revivre. »
« Il faut choisir : yel ou moi ? »
Bien sûr, demander de choisir est le signe d’une insécurité. Mais choisir… Sur quels critères ? Pourquoi ? Au nom de quoi ?

 

Pour autant, la non-exclusivité ne garantit pas une relation dépourvue de culpabilité, de jalousie, de remise en question des sentiments de l’autre, de la poursuite de la relation. Mais dans ce cadre, on vit peut-être moins ses sentiments comme des fatalités et on cherche peut être aussi davantage à les travailler, pour être moins vulnérable.

Pourquoi être fidèle ?

Il existe plusieurs définitions de l’infidélité et les limites sont variables d’un individu à l’autre (allant du simple fait de penser à un-e autre, au bisou plus ou moins osé jusqu’à l’acte sexuel proprement dit).

 

A/ On peut tout apporter à son partenaire et lui être suffisant.

 

Quand plus jeune je me demandais ce que je pourrais accepter dans une relation, ça donnait quelque chose comme ça :
« Je veux que la personne me soit fidèle, bien évidemment, sinon j’en souffrirais. Mais je pense que je pourrais accepter que mon partenaire couche avec une personne qui ne soit pas du même sexe que moi. »

 

Pourquoi ?
« Parce que je ne pourrais pas lui apporter ce que l’autre sexe peut lui offrir. »
Intéressant, non ? C’est ainsi que je poussais les limites de mon raisonnement :

 

« Bon, mais pourquoi en rester là ? Est-ce seulement l’appartenance à tel ou tel sexe qui fait qu’une personne peut offrir quelque chose de différent ? »

 

Bien sûr que non. Chaque personne est différente et chaque interaction entre deux individus est complexe et unique. Je n’ai pas le même type de relation avec Jean ou avec Jeanne, que ça soit aussi bien sur le plan de « l’amitié » que dans mes relations de cœur. Nous partageons des éléments différents (activités, discussions, caresses, rythme, etc.). Et on s’adapte à chaque personne. Toutes les personnes sont uniques et toutes les relations sont particulières.Ainsi, une des idées sous-tendant la fidélité est la suivante : nous sommes censés être « suffisant » et être à même de combler l’autre sur tous les plans (affectifs, éducation des enfants, sexuels…). Ça fait quand même beaucoup d’enjeux et d’exigences à porter sur nos frêles épaules, non ?

Et si on cessait de chercher d’être au top dans tous les domaines et qu’on acceptait plutôt nos qualités et qu’on reconnaissait nos lacunes ?

Et si on prenait un peu confiance en nous et qu’on cessait de nous valoriser par les sacrifices de l’autre ?

Plus facile à dire qu’à faire, mais peut-être qu’avec l’amour de l’autre, on peut y parvenir ? 😉

 

B/ La fidélité permet la pérennité du couple.

Toujours dans mes réflexions de jeunesse :« Si à 17 ou 18 ans, je tombe amoureuse d’un gars (ou autre) : que je l’aime et qu’on a une chouette relation, je voudrais ainsi que la relation perdure toute la vie, pourquoi l’arrêter ? Mais en même temps, ne connaître qu’un seul homme, qu’un seul amour, c’est dur, c’est dommage. Si je tombais entre-temps en passion pour une autre personne, qu’est-ce que je ferais ? Soit je lui serais fidèle de corps pour ne pas le faire souffrir, mais ça serait par ailleurs une souffrance pour moi de ne pas vivre d’autres expériences palpitantes. Soit je le quitterais pour vivre d’autres expériences humaines et ça serait super dur de le perdre. »

Pourquoi choisir ?

A l’époque, j’étais entourée uniquement de couples monogames ou de personnes célibataires. Je pensais que la non-exclusivité était hyper compliquée et plus destructrice que la monogamie. Il m’était inenvisageable de l’appréhender puisque je partais du principe que personne n’accepterait une telle relation. Heureusement que ce n’est pas le cas (à ma grande surprise, d’ailleurs) ! :p

On voit la personne extérieure comme un danger du saint équilibre du couple. En fait, le truc, c’est qu’on fait plein d’associations fumeuses entre relation > sexe > vivre ensemble > base matérielle > enfants. Vouloir partager des émotions fortes avec une personne n’implique pas qu’on veuille vivre avec, partager un crédit et faire des enfants, ni même de faire du sexe ! Je peux vouloir vivre des émotions fortes et que ça s’arrête là. Je peux vouloir partager à la suite d’un bon repas, quelques moments de proximité au lit sans pour autant vouloir voir la personne tous les deux jours. L’autre n’est ainsi pas forcément un danger pour la stabilité du couple (pas plus que ce qu’on pourrait appeler « un ami » ou « un super ami », non ?). Encore faut-il en parler et définir ce qu’on tient à garder et ce qu’on n’accepte pas (qu’yel s’en va emménager avec l’autre, par exemple).

Parmi les couples qui ont vécu des épisodes où l’un avait manqué de fidélité sentimentale ou sexuelle à son partenaire, il y en a beaucoup qui ont survécu. Bien évidemment, ce fut douloureux. Mais le fait que ces couples aient survécu, n’est-ce pas quelque part une preuve que le fait de partager intensément du temps avec autrui ne détruit pas forcément la relation ? Et si la relation se termine, est-ce uniquement l’infidélité d’un des partenaires qui en est responsable ?

Dans un conte :

[…] que vous soyez capable de dire oui aux formes d’amour qui sont bonnes pour vous ; que vous soyez libre de dire non aux formes d’amour qui ne le sont pas. Parce que bien que tout amour est bénie, seule vous pouvez savoir quelle forme d’amour est bonne pour vous.

 

Un célèbre adage dit : « Mieux vaut prévenir que guérir ». Alors, pourquoi ne pas définir ce qu’on l’on veut vraiment, c’est-à-dire, par exemple : ne pas perdre en proximité, en tendresse, ne pas perdre le socle matériel établi ou le partage de l’éducation des enfants ? Pourquoi ne pas se dire nos peurs et s’enlacer pour se rassurer ?

 

Après, comme tout c’est une histoire de confiance. Et d’événements qu’on ne maîtrise pas. Et je ne crois pas que la monogamie permette d’assurer la confiance et certifier que des événements imprévus ne viendront pas tout chambouler.

 

Allons plus loin

« Je t’aime… oui mais non, l’amour c’est mal »… on en est où, là ? par Emma
Conte La déesse bénit toutes les formes d’amour par Starhawak

Polyamour.info

Groupe facebook public « Polyamour »

Blog – Les fesses de la crémière > Polyamour

Blog – Piment du chaos > Polyamour

Anarchie Intime

A propos d’autonomie, d’amitié sexuelle et d’hétérosexualité par Corinne Monnet

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4 réflexions sur “Pourquoi je veux des relations non-exclusives (polyamour)

  1. Marvyn 14 décembre 2014 / 16 h 01

    Magnifique article qui est assez lucide sur les problématiques rencontrées par bon nombre de couple. On sent une véritable réflexion personnelle qui nous invite (ou pas) à remettre en question les certitudes que nous possédons ou que la société nous invite très fortement à avoir.
    Reste ensuite à savoir si la solution que tu donnes est « la bonne ». On rentre ici dans une réflexion qui doit être faite par chacun. Je ne vois donc qu'un seul critère pour trouver sa bonne solution : ne pas juger l'autre et au contraire le respecter, mais aussi et avant tout se respecter.

    Bravo pour cette réflexion en tout cas !

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  2. Romain 8 janvier 2015 / 21 h 14

    Bonjour Élodie,

    Merci pour cet article, c’est rassurant de voir qu’on est pas seul avoir ce genre de sentiments ! Parce qu’entre le véganisme et les relations non exclusives je commençais vraiment à me dire que j’étais un extraterrestre ! Ce qui est vraiment rassurant dans le polyamour, c’est qu’on a plus l’impression d’appartenir à quelqu’un. Quelque part je me sentais « bridé » dans la vision du couple tel qu’il nous est transmis. Je trouve que je suis beaucoup plus ouvert aux autres maintenant.

    Encore merci pour cet article.

    J’attends tes autres articles avec impatience !

    Romain

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  3. Sarah 8 janvier 2015 / 21 h 16

    Très intéressant. Là où je mettrais un bémol, c’est lorsque vous assimilez fidélité et exclusivité. Je pense qu’on peut très bien être fidèle et non-exclusif 🙂
    Sarah

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